© isabelle glénaz  86 rue de belleville  75020 Paris

sculptures animées

Ostinato

Dans ce petit monde mécanique, pas de reine de la corde pincée, pas de canard digérateur, de petite danseuse mise en boite ou d'éléphant qu'une clé met en marche.

Pas d'animaux-machines, d'ossuaire déglingué, de mobiles aériens ou de cyclope qui ébranle le parfum des acacias.

Rien de tout cela dans ces miniatures d'imprécision, abstraites et pleines de vie, ludiques et discrètes : pourtant, elles se souviennent de la première horloge, des rouages du temps qui revient, de l'ingéniosité humaine, des pales bleues et rouges qu'un souffle anime, des marteaux qui cognent, des roues des temps modernes qui tournent et grincent, bringuebalent et tourneboulent, débris de nos folies industrielles.

Elle s'en souvient en orfèvre, désarticule un réveil, le dresse tout neuf, réarmé de lances ou de pagaies désaxées, de boucliers antiques, rhabillé de tissus, de rubans et de boules de laine feutrée, et repense la roue de la fortune, où chaque balle aurait son billet. Un alambic distille le mouvement. Un sismographe enregistre la danse des balises battues par le vent et le courant. De petits orchestres sans instruments jouent une gigue, ou une sarabande, toujours à contretemps.

Elle offre sur un plateau la quintessence de l'histoire des automates, le mouvement, le temps, le geste qui toujours recommence, tantôt fluide, tantôt empêché, erratique, malicieux, encagé, obstiné. Ce serait ici un pur geste plein de conséquences, une intention de geste, déviée, qui peut provoquer une étincelle, ou surprendre l'oreille en revenant
sur lui-même. Une tige, un fanion hésite, cherche l'obstacle, trouve le choc, où la faux n'a pas de prise. C'est la vieille danse du temps désarticulé, de la matière polie, découpée, des métiers retrouvés de cardeuse ou de dinandière, du mouvement calculé qui surprend inlassablement et s'arrête.

                                                                                                               Caroline Jacot Grapa